Que s'est-il passé pour vous après la sortie de BLACK BOOK ?
Tout a changé. Je m'en suis aperçue quand le film est passé à Venise et que le public réagissait positivement. Je me suis dit que le projet plaisait aux gens en dehors de la Hollande. Comme j'ai travaillé avec tout le monde là-bas, c'était la possibilité pour moi de bosser à l'étranger. J'ai eu ensuite pas mal de propositions. BLACK BOOK a été ma meilleure carte de visite, je n'ai pas eu besoin de faire la chasse aux agents et aux projets. A Hollywood, j'ai croisé les gens les plus dingues, les plus riches, les plus talentueux. Ça peut rendre fou quand on n'a pas les pieds sur terre, c'est vraiment un monde différent.
Comment choisissez-vous vos projets désormais ?
Je n'ai pas tant d'offres que cela, mais on me propose des projets, principalement venant d'Europe. Ça tombe bien, ce sont les plus intéressants. Tout cela suit son cours et se concrétise ou pas, selon l'argent disponible. Je dois cependant être plus sélective qu'auparavant, parce qu'on m'attend au tournant. En même temps, je ne crois pas vraiment aux bons choix, ça ne dépend pas entièrement de ce que tu donnes... Il ne faut juste pas choisir parce qu'on a peur. Mais ce qui peut m'attirer dans un projet, peut-être le réalisateur, les acteurs, le pays du tournage ou simplement, une pure intuition que je DOIS le faire absolument. Au final, c'est quand même l'histoire qui doit te toucher.
En même temps, en tant qu'actrice, on ne peut pas vraiment contrôler le produit final...
J'espère que j'aurai bientôt assez de pouvoir pour le faire, râler quand la lumière n'est pas bonne. C'est sans doute un cliché, mais je comprends pourquoi les acteurs veulent devenir réalisateurs ou producteurs. Sinon, un acteur reste éternellement une marionnette.
Est-ce plus difficile pour vous de tourner en anglais ?
Oh oui, vraiment. Ce n'est pas parce que je parle anglais que je pense et ressens en anglais. C'est trois fois plus dur pour moi. D'ailleurs, j'ai du mal à me voir à l'écran quand je joue dans une langue étrangère. Je me suis sentie un peu isolée pendant le tournage, mais c'était bien pour moi et pour le film. Quand je me sentais bien et que je n'étais pas trop fatiguée, j'allais discuter et boire un coup au pub. Sinon, je me consolais avec les dix saisons des SIMPSON que j'avais emportées avec moi en DVD...
Quel est votre prochain challenge ?
Jouer en français ? (Rires) Ça me prendrait sans doute des années pour réussir cela. En même temps, DOROTHY est un film en partie français, grâce à Agnès. C'était étrange de parler ensemble en anglais, vu que ce n'était pas notre langue maternelle à nous deux. On perdait un peu de la subtilité dans nos conversations, nous avons donc cherché un autre moyen de communiquer...par le regard, notamment.
Propos recueillis par Jean-Christophe Derrien